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mardi 30 juin 2026

Chaleur au travail : quels sont vos droits ?

  • Obligation de prévention des risques professionnels
  • Zoom sur vos droits

Y'a-t-il une température au-delà de laquelle un salarié ne peut plus travailler ? L’employeur a-t-il l’obligation d’installer la climatisation sur le lieu de travail ? Autant de questions qui se posent lorsqu’arrivent les grosses chaleurs d’été, voire la canicule. Si la loi ne fixe pas de température maximale, elle prévoit néanmoins de nombreux aménagements et mesures afin de concilier au mieux chaleur et travail. Un décret du 27 mai 2025 renforce un certain nombre d’obligations de l’employeur en la matière, et en crée de nouvelles.

Les vagues de chaleur étant de plus en plus fréquentes, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires a présenté le 8 juin 2023 un plan national afin de prévenir et limiter l'ensemble des impacts. Il a été mis à jour en 2024 et vient compléter le dispositif canicule du ministère de la Santé. Un décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 (1) et un arrêté du même jour, prévoient également de nouvelles obligations à destination des employeurs en matière de prévention des risques liés à des épisodes de chaleur intense. 

La loi ne prévoit pas de température maximale

Qu’il s’agisse d’une circonstance extérieure (chaleur, canicule, etc) ou liée à l’environnement de travail (certaines machines dégagent de fortes chaleurs), la loi ne prévoit pas spécifiquement de température au-dessus de laquelle un salarié peut quitter son poste de travail.

D'une façon plus générale en revanche, il existe un droit de retrait pour les salariés lorsqu’ils estiment qu’un danger grave et imminent menace leur vie ou leur santé, comme nous allons le voir.

Quelles sont les obligations de l’employeur ?

L’employeur a tout d’abord une obligation générale en matière de santé et de sécurité lui imposant de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (mesures de prévention, information et mise en place d’une organisation et de moyens adaptés) (2). Mais l'employeur est également tenu d’adapter ces mesures en cas de changement de circonstances, telles que l’apparition de fortes chaleurs par exemple.

Ensuite, le Code du travail consacre plusieurs articles précisant les obligations de l’employeur en la matière. Ce dernier doit notamment :

- mettre à la disposition des travailleurs de l’eau potable et fraîche pour la boisson : l’employeur détermine l’emplacement des postes de distribution des boissons à proximité des postes de travail et dans un endroit remplissant toutes les conditions d’hygiène et de conservation. Lorsque des conditions particulières de travail amènent les salariés à se désaltérer fréquemment, l’employeur doit leur mettre à disposition au moins une boisson non alcoolisée (3) ;

- dans les locaux fermés, l’employeur doit veiller à ce que l’air soit renouvelé et ventilé afin d’éviter les élévations exagérées de température (4) ;

- il doit procéder à une évaluation des risques liés à l'exposition des travailleurs à des épisodes de chaleur intense en extérieur ou en intérieur (5) ;

Suite de l'article sur CFDT.FR


jeudi 28 mai 2026

La CFDT publie son baromètre 2026 sur l'état du travail

 Publié le 30 avr. 2026 sur cfdt.fr

Entre attachement et mal-être des agents : les revendications de la CFDT pour les fonctions publiques.
En 2025, la CFDT a décidé de lancer son baromètre sur l'état du travail. L'idée, prendre le pouls chaque année du monde du travail en donnant la parole aux travailleurs et aux travailleuses. Pour cette deuxième édition, nous avons choisi de faire un focus sur les fonctions publiques en interrogeant celles et ceux qui font vivre les services publics, ciment de la cohésion sociale. 

La CFDT a décidé en 2025 de lancer son baromètre sur l’état du travail pour prendre, chaque année, le pouls du monde du travail et donner la parole aux travailleurs et travailleuses. Pour cette deuxième édition, nous avons voulu interroger les agentes et agents des fonctions publiques, celles et ceux qui font vivre le service public essentiel à notre cohésion sociale.
Nous bénéficions tous et toutes de ces services : distribution de l’eau, gestion des déchets, transports, voiries, établissements scolaires et de santé, administrations, etc. Ces services sont pourtant régulièrement attaqués. Baisses des moyens humains, matériels et financiers, discours politiques et médiatiques qui n’y voient qu’un coût, « fonctionnaire bashing » récurrent : autant de coups portés à leur capacité à répondre aux besoins.
Depuis plusieurs années, la CFDT sonne l’alerte sur les conditions de travail, le manque de reconnaissance des personnels dans les hôpitaux, les écoles, la justice, les collectivités territoriales etc. parce qu’il est de notre devoir, en tant qu’organisation syndicale, de porter la voix des agentes et des agents publics. Nous avons obtenu des avancées (complémentaire santé, prime Ségur, retraite anticipée, etc.) mais beaucoup reste encore à faire. Et c’est bien ce qu’illustre ce baromètre : si les agentes et agents sont fiers et attachés aux missions de service public, ils font aussi état de difficultés structurelles (niveau de rémunération, organisation trop verticale, manque de moyens criant, etc.).
Des solutions existent ! C’est aussi le sens de ce rapport : la CFDT fait des propositions et les porte, à tous les niveaux, auprès de ceux qui décident. Nous appelons l’État employeur à s’engager pour construire ensemble des réponses et redonner de l’espoir, de l’envie, du sens aux agentes et agents des fonctions publiques.


Téléchargez ci-dessous la présentation des grands enseignements de cette enquête réalisée par le cabinet Vérian du 2 au 12 janvier 2026 auprès d'un échantillon représentatif de 1000 agents et agentes des trois versants de la fonction publique ainsi que les revendications CFDT.




mercredi 26 juin 2024

PRÉVENTION, USURE AU TRAVAIL, RÉPARATION DES ACCIDENTS ET MALADIES DU TRAVAIL

 cfdt-retraités.fr
25/10/2023

Les partenaires sociaux à l’offensive !


Parmi ces six pays d’Europe (Allemagne, Espagne, France, Italie, Suède, Royaume-Uni), la France est le pays où l’exposition à la pénibilité est la plus importante. La transformation du C3P en C2P est une catastrophe pour les fins de carrière dans certains métiers, renvoyant les victimes vers « la retraite anticipée pour incapacité permanente » dans des conditions financières plus défavorables.

Réunis en négociation interprofessionnelle depuis plusieurs mois, pour renforcer les moyens de la branche Accidents du travail/Maladies professionnelles (AT-MP) dans le dispositif de prévention des risques professionnels, les partenaires sociaux ont finalisé, le 15 mai 2023, un Accord national interprofessionnel (ANI). « Un consensus social réaffirmé par une prévention ambitieuse, une réparation améliorée et une gouvernance paritaire renforcée. »

La prévention, un axe fort

Face aux accidents graves et mortels, mieux identifier en amont les risques « ergonomiques, chimiques et biologiques, psychosociaux ou émergents et extérieurs ».
Mobiliser tous les acteurs de la prévention, mieux communiquer en direction du grand public et développer des actions dans les entreprises « en faveur de la protection des salariés » en s’appuyant sur des outils tels que le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) en entreprise.
Alors que l’exposition aux facteurs de pénibilité dans le travail s’est intensifiée pour les travailleurs de première et deuxième lignes, s’investir contre l’usure professionnelle, la désinsertion professionnelle et pour le maintien dans l’emploi est devenu une priorité. Ces objectifs nécessitent, à la fois, une maîtrise des fonds et l’engagement de moyens supplémentaires – dont l’augmentation de 20 % du nombre d’agents spécialistes de la prévention ainsi que la mise en place de nouveaux outils numériques. Une enveloppe de 100 millions d’euros supplémentaires par an y sera consacrée. C’est aux partenaires sociaux que revient la définition des orientations du Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU), créé par la loi du 14 avril dernier sur les retraites et financé par la branche.

La juste réparation des accidents du travail et des maladies professionnelles

L’ANI garantit aux victimes une indemnisation « rapide, automatique et à un niveau adéquat ». La branche s’engage à mener une réflexion sur les dispositifs « incapacité » et « invalidité » qui répondent aujourd’hui à des logiques et des règles d’indemnisation différentes.
Certaines pathologies dues à l’activité professionnelle sont reconnues comme des maladies professionnelles. Les retraités sont concernés car ces maladies peuvent se manifester parfois très longtemps après que le travailleur a cessé d’exercer le travail incriminé.

([Danielle Rived

LA PRÉVENTION DES RISQUES Le Compte professionnel de prévention (C2P) reconnaît 6 critères de pénibilité au lieu de 10 dans le Compte personnel de la prévention et de la pénibilité (C3P). Les ordonnances travail de 2017 ont exclu du dispositif du C2P quatre facteurs de risque. Entre 2015 et 2017, 371 000 salariés ont été exposés à au moins l’un des quatre risques supprimés. Ils étaient, pour 55 % d’entre eux, exposés à la manutention de charges lourdes, 36 % aux postures pénibles, 20 % aux vibrations mécaniques et 18 % aux agents chimiques dangereux. Pour les hommes, les ouvriers du bâtiment, mécaniciens, routiers, livreurs, conducteurs d’engin de levage, manœuvres, manutentionnaires, etc. Pour les femmes, les vendeuses en ameublement ou en alimentation, magasinières, aides de cuisine, manutentionnaires, aides ménagères, aides-soignantes, etc.

PLAN SANTÉ AU TRAVAIL, UN OUTIL À FAIRE VIVRE !

Publié le 30/03/2022
Par CFDT - Fonction publique

mercredi 7 février 2024

(Duerp) Un outil peu utilisé

 Même si tous les employeurs ont l’obligation de tenir à jour un document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp), qui tient compte du genre des salariés, bien peu le font.

Par Claire Nillus— Publié le 02/02/2024 à 15h20

© REA

L’évaluation des risques professionnels relève de la responsabilité de l’employeur. Elle s’inscrit dans le cadre de son obligation d’assurer la sécurité et de protéger la santé des salariés. Pour cela, il doit remplir un outil spécifique, le document unique d’évaluation des risques professionnels (Duerp). Obligatoire dans toutes les entreprises, quel que soit le nombre de salariés, dans le secteur privé comme dans le public, ce document doit permettre d’appréhender de façon très précise les risques liés à une activité afin de mettre en place les mesures pour les éliminer ou les réduire. Les employeurs doivent l’actualiser une fois par an et à la suite de tout événement impactant les conditions de travail (restructuration d’un service, déménagement, etc.).

“C’est un bel outil ; malheureusement, l’identification genrée n’est jamais faite”

Véronique Aubry, consultante santé et conditions de travail chez Sextant Expertise.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Claire Nillus

Journaliste

La prise en compte du genre dans ce document est obligatoire depuis la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. À ce titre, doivent être mentionnées, face à chaque danger identifié, une évaluation propre aux femmes et une évaluation propre aux hommes (article L4121-3 du code du travail).

« C’est un bel outil ; malheureusement, l’identification genrée n’est jamais faite, constate Véronique Aubry, consultante santé et conditions de travail chez Sextant Expertise. C’est le cas pour le télétravail, qui ne représente pas le même risque pour les femmes, surtout avec des enfants en bas âge à la maison… De même, pour les risques chimiques et le port de charges qui devraient être interdits aux femmes enceintes, comme le travail de nuit, les vibrations, les rayonnements ionisants… »

Rappelons également que le Duerp est parfois le seul document qui soulève la question des violences sexistes et sexuelles au travail dans l’entreprise.

lundi 22 janvier 2024

Entre sécurité et souplesse

 La CFDT, en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès, a mené une nouvelle enquête pour mieux décrypter la société française. Cette vaste étude permet d’identifier les contours du travail « idéal » pour les Français.

Par Nicolas Ballot— Publié le 02/01/2024 à 08h06

©DR

À l’approche de la présidentielle de 2017, lorsque la CFDT interrogeait plus de 200 000 travailleurs via sa grande enquête « Parlons travail », trois répondants sur quatre disaient aimer leur travail, plus de la moitié assurait y prendre du plaisir et autant en être fiers. Plus globalement, la grande majorité des personnes ayant répondu à l’enquête déclaraient entretenir un rapport plutôt positif à leur travail. Six ans, une pandémie de Covid et deux confinements plus tard, qu’en est-il du rapport des Français au travail ?

L’enquête « La société idéale de demain aux yeux des Français », réalisée par Ipsos pour la CFDT et la Fondation Jean-Jaurès, permet d’y voir plus clair sur les attentes actuelles de nos concitoyens vis-à-vis du travail. « Le travail continue de représenter un élément important de la vie des citoyens et des citoyennes, même s’ils [et elles] souhaitent pouvoir le concilier plus facilement avec les autres facettes de la vie, souligne Marylise Léon. Cette enquête conforte les constats posés par la CFDT. »

La recherche d’un cadre sécurisé…

Dans une société en mutation et parfois en perte de repères, l’enquête sur la société idéale montre que les salariés sont en recherche d’un cadre global de travail sécurisant et souple. Et quand on leur demande les principaux critères du poste idéal, « l’intérêt », « le salaire » et « une ambiance de travail agréable » sortent en priorité. Des résultats qui ne sont pas sans rappeler ceux de l’enquête « Parlons travail » : 81 % des répondants affirmaient travailler avant tout pour subvenir à leurs besoins, tout en étant très majoritairement « fiers » de leur travail et heureux avec leurs collègues.

Autre enseignement : il n’y a pas de différence générationnelle marquée concernant ces critères, comme le révèle Jérémie Peltier, codirecteur général de la Fondation Jean-Jaurès. « Contrairement à ce que le débat public peut parfois laisser penser, si les valeurs et le sens du travail sont plus prégnants pour les nouvelles générations, ils ne surpassent pas des critères immuables que sont l’intérêt du travail, le salaire et l’ambiance. » 

Une analyse confirmée par la sociologue Dominique Méda dans une récente chronique parue dans Le Monde, qui ajoute que « ces attentes sont encore plus fortes » pour la jeune génération que chez leurs aînés.

“ Les individus ne sont pas faits pour vivre sans liens sociaux, et le numérique ne peut pas remplacer totalement ce lien.”

Jérémie Peltier, codirecteur général de la Fondation Jean-Jaurès

Changement de rythme et travail hybride

L’enquête va à l’encontre d’une autre idée reçue. Elle fait ressortir que le «bougisme» n’est pas un idéal. Les salariés plébiscitent au contraire le CDI, au nom de «la stabilité professionnelle», préféré au changement régulier d’employeur.

En revanche, à l’intérieur de ce cadre sécurisant, ils souhaitent jouir de réelles opportunités pour changer de poste ou de métier au sein de la même entreprise. De même, une nette majorité de Français ne souhaitent pas forcément travailler moins mais aspirent à pouvoir alterner des périodes avec plus ou moins de travail sur l’ensemble de leur carrière. Sur ce point précis, les jeunes sont plus demandeurs de possibilités de changements de rythme au cours de leur carrière, que ce soit pour faire une pause, mieux concilier les temps personnel et professionnel, se former, évoluer ou changer de métier. Selon Jérémie Peltier, même si cela reste un signal faible, « on observe une réelle demande d’arythmie chez la jeune génération ».

“Déjà, en 2016, 73 % des répondants à l’enquête « Parlons travail » exprimaient le souhait de participer davantage aux décisions importantes qui affectent leur entreprise […].”

Cette volonté de souplesse se traduit également par un plébiscite du travail hybride –pour les 40% de salariés dont le poste est télétravaillable. Ce refus du «100% télétravail» –que relaient déjà de nombreuses équipes CFDT– peut être vu comme un retour d’expérience après les confinements. «Les individus ne sont pas faits pour vivre sans liens sociaux, et le numérique ne peut pas remplacer totalement ce lien. Le tout-télétravail ne peut donc pas relever de la société idéale –et encore moins du travail idéal, qui repose sur une nécessaire socialisation», confirme Jérémie Peltier.

Une fonction publique peu attrayante

La conjonction de cette double aspiration à la sécurité et à la souplesse place les entreprises privées (grandes ou moyennes) en premier choix des Français lorsqu’ils se prononcent sur leur endroit idéal pour travailler (55 %), loin devant la fonction publique (25 %).

L’autoentrepreneuriat, pour sa part, ne séduit qu’un répondant sur dix. Cette faible attractivité des fonctions publiques s’explique aisément par « la défiance actuelle vis-à-vis de l’État, de l’action publique et des pouvoirs publics de plus en plus présente dans la société, et qui ruisselle sur la sphère travail », explique Jérémie Peltier. Ce à quoi il faut ajouter le fait que la fonction publique n’est pas assez rémunératrice et que les agents manquent singulièrement de reconnaissance… quand il ne s’agit pas carrément de métiers « à portée de baffes » – pour reprendre l’expression ô combien évocatrice de Jérémie Peltier – comme les enseignants ou les agents des guichets d’accueil au contact direct du public.

L’impérieux besoin d’être écouté

À PROPOS DE L'AUTEUR

Nicolas Ballot

rédacteur en chef de Syndicalisme Hebdo et de CFDT Magazine

Dernier élément, et pas des moindres, pour se sentir bien et respectés au travail : les Français veulent être écoutés. Déjà, en 2016, 73 % des répondants à l’enquête « Parlons travail » exprimaient le souhait de participer davantage aux décisions importantes qui affectent leur entreprise, au motif qu’ils « sont souvent plus lucides sur la réalité de l’entreprise que la plupart de leurs dirigeants ».

Cette vieille revendication de la CFDT ne se dément pas, au contraire : dans l’enquête « La société idéale de demain », les trois quarts des Français disent qu’ils « préféreraient un système de cogestion des entreprises entre dirigeants et salariés ». Cette demande de participation et de prise en compte de la parole des salariés au travail relève d’un phénomène plus large dans la société : « Face au sentiment de perte de contrôle sur le cours des événements et des décisions [relevé dans toute l’enquête], la participation au sein de l’entreprise apparaît comme un moyen pour les salariés de redevenir, en partie, acteurs et d’être reconnus », pointe la Fondation Jean-Jaurès, sur fond de fin de la culture de l’allégeance aux figures d’autorité, notamment pour la nouvelle génération, y compris au travail. Des résultats et une analyse en adéquation avec les conclusions de « Parlons travail » : « Les travailleurs rejettent l’idée d’un monde du travail placé sous le règne de la hiérarchie et du silence. Ce modèle semble bien périmé. Les gens veulent s’exprimer, avoir leur mot à dire, être utiles, avoir du sens. Ceux qui souffrent au travail sont ceux qui disent n’avoir aucune liberté pour l’organiser, aucun espace pour s’exprimer, aucun sens à leur activité. » 

 

Bonheur au travail : attention, danger !

Retrouvez le dossier complet
Syndicalisme Hebdo sans mon travail idéal


Finis les bars à smoothies, le baby-foot ou le Chief Happiness Officer censés rendre les salariés « heureux au travail » ? Reste que ces artifices font toujours obstacle au nécessaire débat sur le contenu et les organisations de travail.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 02/01/2024 à 08h07

© Thomas Louapre

1. Happycratie – Comment l’industrie du bonheur
a pris le contrôle de nos vies.
 Éditions Premier Parallèle, 272 pages, août 2018.

1. Étude : Le rapport au travail post-Covid.Télétravail, management, reconnaissance, santé,les nouvelles tendances. www.jean-jaures.org

Alors, comme ça, un joli rooftop (toit-terrasse) végétalisé, des espaces de sieste, des bars à bonbons ou l’embauche d’un Chief Happiness Officer (CHO) seraient de nature à rendre les salariés plus heureux au travail ? C’est en tout cas ce que défendaient les partisans du bonheur au travail, notion apparue au tournant des années 2010, dans le sillage de l’approche américaine de « psychologie positive ». Un concept admirablement analysé dans Happycratie1, du chercheur Edgar Cabanas et de la sociologue Eva Illouz.

Très présente et très médiatisée dans les années pré-Covid, cette thématique a du plomb dans l’aile. Côté entreprises, on semble être revenu de ces gadgets, de nombreux DRH reconnaissant combien ces artifices n’ont pas de réels impacts sur la motivation ou l’engagement des équipes.

Côté salariés, il n’est pas certain que l’on ait un jour cru en ces promesses. Mais encore moins depuis la crise Covid, « qui a transformé le rapport au travail. Ce dernier a perdu son caractère aussi central. Aujourd’hui, on est moins sur ces envies messianiques de bonheur au travail, mais sur une approche plus pragmatique où l’on va davantage rechercher à ce que le travail s’intègre plus harmonieusement dans sa vie », explique Romain Bendavid, expert associé de la Fondation Jean-Jaurès, qui a coordonné une grande étude sur le rapport au travail post-Covid1.

« Bullshit managérial »

2. Le bullshit management, revue Cadres – Lire le travail, no 498, octobre 2023.

« On parle peut-être moins de bonheur au travail et davantage de bien-être au travail, mais le fond et les pratiques restent les mêmes. On est sur les mêmes âneries », tacle Christophe Genoud, enseignant à la Haute école de gestion de Genève (HEG), consultant en management, auteur de l’ouvrage Leadership, agilité, bonheur au travail – bullshit ! (éditions Vuibert, 2023) – et qui a également contribué au numéro de Cadres consacré au « bullshit management »2.

« Tous ces discours, ce sont des fables que les entreprises se racontent. Elles se mentent et mentent à leurs collaborateurs. Car justement, le travail n’a jamais été aussi bureaucratisé, abstrait, procédurier et déshumanisant. Alors on sert un récit, celui dans lequel il suffirait d’“introduire de l’humain”, de favoriser le bonheur au travail ou la résilience pour que nos organisations redeviennent des lieux de créativité, d’innovation et de bien-être. Le problème, c’est que ces récits sont des mythes mortifères qui nuisent plus qu’ils ne soignent », assène Christophe Genoud. Un peu à la manière de cette nouvelle tarte à la crème de la « bienveillance », qui a envahi jusqu’au monde de l’entreprise.

“Quand toute la communication est faite sur le “tout va bien”, si vous amenez le “ça ne va pas”, c’est un peu comme si vous trahissiez l’entreprise », explique la chercheuse.”

Gare aux incohérences

3. La novlangue managériale. Emprise et résistance. Éditions Erès, 220 pages, 2017.

3. Et Mots et illusions : quand la langue du management nous gouverne. Éditions 10/18, « Amorce », 112 pages, 2022.

Ce n’est évidemment pas que la présence d’un baby-foot soit néfaste ou dangereuse en tant que telle dans un environnement de travail, mais potentiellement pour ce qu’elle représente. « Ces démarches – babyfoot, bonbons, corbeilles de fruits, séances de yoga… – portent avec elles une injonction à être heureux au travail, en réponse aux “attentions” de l’entreprise. Ce qui peut fragiliser ceux qui ne le seraient pas, leur donner un sentiment d’inadaptation, voire accroître leur détresse ou leur culpabilité, constatant qu’ils n’y arrivent pas, malgré “tout ce que l’entreprise fait pour eux” », indique Agnès Vandevelde-Rougale, socioanthropologue, auteure de plusieurs ouvrages sur les aspects manipulatoires de la novlangue managériale3 3. Pire, un tel contexte ou environnement qui cultive l’optimisme à tous crins peut empêcher ou saper la possibilité d’exprimer ses difficultés. « Quand toute la communication est faite sur le “tout va bien”, si vous amenez le “ça ne va pas”, c’est un peu comme si vous trahissiez l’entreprise », explique la chercheuse.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Emmanuelle Pirat

Journaliste

Le véritable problème de ces approches « bonheuristes » (l’expression est de la philosophe Julia de Funès) est qu’en ciblant les individus – c’est-à-dire en les mettant au centre –, on évite de parler du travail, on se détourne de ce qui concerne l’activité de travail, son organisation, ses difficultés. Or, et c’est bien ce qu’ont démontré des dizaines d’années de travaux universitaires, c’est en mettant le travail au cœur des réflexions et en donnant aux salariés les moyens de réaliser leur travail qu’ils trouveront le plus de satisfaction… et d’épanouissement.

Et donc gare aux incohérences ou aux contradictions : « Si vous installez une salle de sport ou que vous proposez des massages mais que vos salariés ne trouvent pas de bureau quand ils arrivent parce que l’entreprise est passée en flex office [absence de bureau attitré], le risque est grand d’une déception entre la communication de l’entreprise et la réalité des pratiques. Une déception qui peut nourrir le mal-être au travail et le turnover », conclut Agnès Vandevelde-Rougale.